Vigilance nécessaire pour des os solides avec un régime alimentaire végan

Quel est l’impact d’un régime alimentaire végan sur la densité minérale osseuse ? Dans le cadre d’une revue systématique et d’une méta-analyse, les chercheurs Iguacel et al., (2018) ont étudié l’impact de différents régimes alimentaires sur la santé des os.

Résumé | L’alimentation a un effet sur la densité minérale osseuse, comme le démontre à nouveau une revue systématique et une méta-analyse réalisée par Iguacel et al. (1). Cette méta-analyse a comparé la santé des os de personnes véganes, végétariennes et omnivores. Les chercheurs ont conclu que les végans principalement présentent une densité minérale osseuse inférieure aux omnivores. Ils expliquent que les végans ont vraisemblablement un apport inférieur de certains nutriments que l’on retrouve en plus grandes quantités ou exclusivement dans les produits d’origine animale, comme le calcium, les protéines de qualité, la vitamine B12, la vitamine D et le rétinol. D’après les chercheurs, cela peut avoir un effet sur la santé des os.

Durant la vie, le tissu osseux se dégrade (résorption) et se reforme (formation) en permanence, afin de réparer les petits « dégâts » et d’adapter la solidité de l’os aux contraintes qu’il subit. Dès la naissance et jusqu’à l’âge d’environ 30 ans, la formation osseuse est plus importante que la résorption et la densité osseuse augmente, jusqu’à atteindre la masse osseuse maximale (PBM : Peak Bone Mass). Des facteurs génétiques et divers facteurs liés au mode de vie ont une influence sur la masse osseuse maximale et la densité minérale osseuse (BMD : Bone Mineral Density). En ce qui concerne le mode de vie, les facteurs qui entrent en jeu sont : une activité physique suffisante, en particulier les activités contraignantes pour les os comme la course à pied, et une alimentation variée contenant assez de calcium, de vitamine D et de protéines (1, 2).

Étude

Iguacel et al. (1) ont analysé dans le cadre d’une revue systématique et d’une méta-analyse quel est l’effet de différents régimes alimentaires sur la densité minérale osseuse et le risque de nouvelles fractures. Cette étude se concentre spécifiquement sur la différence entre une alimentation végétarienne (pas de viande, de poisson, ni de fruits de mer), une alimentation végane (pas de viande, de poisson, de fruits de mer, de produits laitiers, ni d’œufs) et une alimentation dans laquelle des aliments issus de tous les groupes de produits sont consommés.

Méthode

Vigilance nécessaire pour des os solides avec un régime alimentaire véganLes chercheurs ont rassemblé des publications scientifiques sur le sujet jusqu’en novembre 2017, sélectionnant des publications avec pour populations d’étude des enfants et/ou des adolescents et/ou des adultes. Les publications dans lesquelles certains participants avaient déjà subi une fracture osseuse n’ont pas été prises en compte pour cette revue. En tout, les chercheurs Iguacel et al. (1) ont sélectionné 20 études répondant aux critères de sélection ; ceux-ci sont repris dans la méta-analyse. 15 études sur les 20 sélectionnées comportaient une mesure de la densité minérale osseuse et 5 sur les 20 mesuraient le nombre de cas avec une fracture. Les 5 études dont le critère d’évaluation est le risque de fracture sont toutes des études prospectives. Les 15 études portant sur la densité minérale osseuse sont des études transversales, à l’exception d’une étude longitudinale. En ce qui concerne la densité minérale osseuse, l’examen portait sur l’ensemble du corps (WB : whole body), la région lombaire (LS : lumbar spine) et le fémur (FN : femoral neck). La publication originale de Iguacel et al. (1) donne un aperçu complet de toutes les caractéristiques de l’étude dans les tableaux 2 et 3.

Caractéristiques des participants dans les 20 études sélectionnées

Total de participants 37 134
Dont données connues sur la densité minérale osseuse 4 003
Dont données connues sur l’incidence des fractures 33 131
Âge moyen 25 à 80 ans
Sexe
  • Uniquement hommes : 1 des 20 études
  • Uniquement femmes : 13 des 20 études
  • Hommes et femmes : 6 des 20 études
Pays
  • Asie : 9 des 20 études
    Taïwan : 3, Vietnam : 2, Inde : 2, Corée : 1, Hong Kong : 1
  • Amérique du Nord : 7 des 20 études
    États-Unis : 6, Canada : 1
  • Europe : 4 des 20 études
    Italie : 1, Finlande : 1, Slovaquie : 1, Royaume-Uni : 1

Résultats

Cette méta-analyse suggère que les végétariens comme les végans présentent une plus faible densité minérale osseuse, mesurée au niveau de la région lombaire (LS : lumbar spine), du fémur (FN : femoral neck) et de l’ensemble du corps (WB : whole body). Ce lien était plus flagrant chez les végans que les végétariens et chez les participants âgés de plus de 50 ans. Par rapport aux participants asiatiques, la différence de densité minérale osseuse chez les participants occidentaux au niveau de la région lombaire et du fémur était également plus grande entre les végans/végétariens et les omnivores. Les chercheurs n’ont pas pu mesurer cette différence entre Européens et Asiatiques pour la densité minérale osseuse de l’ensemble du corps car une seule étude asiatique était disponible et les chercheurs ont estimé que cela n’était pas suffisant pour établir un lien.

Différence de densité minérale osseuse entre végans/végétariens et omnivores*

Végans Végétariens
Densité minérale osseuse – Région lombaire -6,3 % -2,3 %
Densité minérale osseuse – Fémur -3,3 % -1,9 %
Densité minérale osseuse – Corps entier -6,0 % -4,0 %

Source : Iguacel et al. (1)
*Calculs à partir des données statistiques de Iguacel et al. (1)

Les chercheurs se sont également penchés sur l’incidence des fractures. Dans cette étude, les végans présentaient un nombre considérablement plus élevé de fractures que les omnivores. Chez les végétariens, aucune différence significative n’a été constatée par rapport aux omnivores. Ce lien était également plus marqué chez les hommes et les participants asiatiques.

Discussion

Les chercheurs Iguacel et al. (1) reviennent longuement sur les résultats dans la section « discussion » de la publication. La plus faible densité minérale osseuse constatée chez les végans/végétariens correspond, selon eux, au risque accru de fractures relevé chez les végans par rapport aux omnivores. Ils expliquent que les végans ont vraisemblablement un apport inférieur de certains nutriments que l’on retrouve en plus grandes quantités ou exclusivement dans les produits d’origine animale, comme le calcium, les protéines de qualité, la vitamine B12, la vitamine D et le rétinol. D’après les chercheurs, cela peut avoir un effet sur la santé des os.

L’analyse des sous-groupes suggérait que les participants de plus de 50 ans étaient plus sensibles à l’effet d’une alimentation végane sur la densité minérale osseuse. Les chercheurs expliquent cela par le fait que la densité minérale osseuse diminue avec l’âge et il est possible que cette population suive un régime végan depuis plus longtemps, ce qui peut renforcer l’effet. L’analyse des sous-groupes laissait également supposer que l’effet d’une alimentation végane sur la densité minérale osseuse est plus important chez les participants occidentaux que chez les participants asiatiques. Voici une explication possible avancée par les chercheurs : Les Asiatiques présentent, de manière générale, des os plus courts mais plus épais et plus denses que les Occidentaux. Il est dès lors possible que l’alimentation ait un effet plus important sur la densité minérale osseuse des participants occidentaux que sur celle des participants asiatiques. Une autre différence entre l’Asie et l’Occident est le régime alimentaire, qui est une autre explication possible énoncée par les chercheurs.

Mode de vie et alimentation

Divers facteurs liés au mode de vie, tels que l’activité physique, le poids, la consommation d’alcool, l’utilisation de médicaments et l’alimentation, ont une influence sur la santé des os (2). Cet aspect est également décrit par Iguacel et al. (1). Selon les chercheurs, il est possible que les liens mis en évidence dans la méta-analyse entre l’alimentation et la densité minérale osseuse soient influencés par des facteurs liés au mode de vie. Ils soulignent ainsi que les végétariens et les végans affichent généralement des comportements plus sains ; ils sont par exemple plus actifs, fument moins, consomment moins d’alcool et de caféine que les personnes sans restriction alimentaire.

En outre, il est notoire que les protéines, le calcium, la vitamine D et le phosphore, entre autres, contribuent à préserver la masse osseuse. Les chercheurs affirment dès lors que la qualité d’une alimentation est également un facteur important qui peut avoir un effet sur les résultats de la méta-analyse. Seule une étude sur les 20 prenait ce facteur en compte. Dans cette étude, l’alimentation végane apportait suffisamment de nutriments, conformément aux recommandations nutritionnelles. C’est pourquoi aucune différence n’a été constatée dans cette étude entre une alimentation contenant des produits d’origine animale et une alimentation végétarienne ou végane. Les chercheurs soulignent dès lors qu’il est important qu’une alimentation végétarienne comme végane soit bien réfléchie et contienne suffisamment de nutriments.

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