Le rôle de la nutrition et des probiotiques dans la prise en charge des maladies inflammatoires de l’intestin et du syndrome du côlon irritable

Lors de la conférence annuelle de l’Association laitière néerlandaise, le 28 mars 2019, des experts sont venus parler de la santé intestinale. L’un des intervenants, Ben Witteman, gastro-entérologue à l’hôpital « Gelderse Vallei » à Ede, aux Pays-Bas, a examiné le rôle de la nutrition et des probiotiques dans la prise en charge des maladies inflammatoires de l’intestin (maladie de Crohn et colite ulcéreuse) et du syndrome du côlon irritable. Cet article est un résumé des éléments clés de sa présentation.

Les maladies inflammatoires de l’intestin (MII) se caractérisent par une inflammation générale du tube digestif (maladie de Crohn) ou locale, uniquement dans le gros intestin, pour la colite ulcéreuse (1). En revanche, dans le syndrome du côlon irritable (SCI), il n’y a pas d’inflammation et il se caractérise par un dysfonctionnement de l’intestin. La sensibilité des nerfs de l’intestin est plus grande, ce qui accélère ou ralentit la motricité intestinale et entraîne un inconfort abdominal et intestinal (1).

Le rôle de la nutrition selon les patients

Une étude menée à l’hôpital Gelderse Vallei a sondé les perceptions d’environ 300 patients atteints de SCI par rapport au rôle de la nutrition dans la gestion de leurs symptômes (2). Les résultats ont montré que les patients considéraient l’alimentation comme un moyen important de contrôler les symptômes. 62 % des patients ont réussi à maîtriser leurs douleurs abdominales en changeant leur alimentation et 59 % considèrent que les modifications alimentaires étaient aussi efficaces que les médicaments (2). La plupart des patients ont préféré éviter certains aliments (77 %) plutôt que de manger davantage d’aliments bénéfiques (57 %) ou de suivre un régime spécifique (48 %). 68 % des patients atteints de SCI ont utilisé des suppléments. Enfin, l’étude a montré que la majorité des patients (81 %) se basent sur leurs propres informations et expériences comme source principale de leurs connaissances nutritionnelles plutôt que sur celles d’un diététicien (2).

Conseils en matière de nutrition et de mode de vie pour les patients atteints de SCI

Le conseil dominant proposé aux patients atteints de SCI est d’adopter un régime alimentaire sain basé sur les recommandations nutritionnelles nationales. En plus de celles-ci, Ben Witteman propose aux patients quelques autres mesures à tester :

  • Remplacer les aliments transformés ou le fast food par des aliments et des légumes sains et peu transformés
  • Manger moins de viande rouge, que l’on remplace par des aliments végétariens ou du poisson
  • Remplacer le beurre par de l’huile
  • Si l’alimentation est pauvre en fibres, essayer un régime riche en fibres
  • Suivre le régime FODMAP (sous la supervision d’un diététicien qualifié)
  • Remplacer le jus de fruits par du thé vert ou du jus de tomate
  • Au lieu de manger des confiseries, manger plus de fruits, de noix ou de fruits secs
  • Remplacer les produits laitiers par des produits laitiers fermentés
  • Arrêter de fumer, essayer d’être plus actif physiquement et prendre l’air

L’utilisation de probiotiques

Les probiotiques peuvent avoir un effet positif sur le microbiote intestinal qui est surtout présent dans le gros intestin et, dans une moindre mesure, dans l’intestin grêle et l’estomac. La composition de ce microbiote diffère fortement d’une personne à l’autre et est influencée par différents facteurs tels que la nutrition, l’activité physique, le vieillissement et la maladie. De plus, les antibiotiques, le type d’accouchement (naissance par césarienne ou accouchement naturel) et l’allaitement ont une incidence sur le microbiote intestinal.

Une revue systématique depuis 2014 a montré l’effet positif de l’utilisation d’antibiotiques dans le traitement de la colite ulcéreuse (3). Par ailleurs, la revue n’a révélé aucune preuve quant à l’utilisation de probiotiques dans la maladie de Crohn, bien que les résultats des études soient contradictoires (3).

Toutefois, une revue systématique antérieure (2013) qui évaluait l’effet des probiotiques sur le SCI a révélé que chez certains patients, les probiotiques ont entraîné une réduction des symptômes généraux et de la douleur abdominale (4). La conclusion selon laquelle les probiotiques spécifiques peuvent être bénéfiques a été confirmée par une revue actualisée en 2018 (5).

Selon Ben Witteman, les effets des probiotiques diffèrent d’une personne à l’autre et leur utilisation est inoffensive. Les probiotiques ne sont généralement pas nécessaires si la maladie est déjà en rémission.

Références

  1. Maag Lever Darm Stichting, 2019. Geraadpleegd van: www.mlds.nl
  2. De Vries, J. H., Dijkhuizen, M., Tap, P., & Witteman, B. J. (2019). Patient’s Dietary Beliefs and Behaviours in Inflammatory Bowel Disease. Digestive Diseases37(2), 131-139.
  3. Ghouri, Y. A., Richards, D. M., Rahimi, E. F., Krill, J. T., Jelinek, K. A., & DuPont, A. W. (2014). Systematic review of randomized controlled trials of probiotics, prebiotics, and synbiotics in inflammatory bowel disease. Clinical and experimental gastroenterology7, 473.
  4. Hungin, A. P. S., Mulligan, C., Pot, B., Whorwell, P., Agréus, L., Fracasso, P., … & Winchester, C. (2013). Systematic review: probiotics in the management of lower gastrointestinal symptoms in clinical practice–an evidence‐based international guide. Alimentary pharmacology & therapeutics38(8), 864-886.
  5. Hungin, A. P. S., Mitchell, C. R., Whorwell, P., Mulligan, C., Cole, O., Agréus, L., … & Seifert, B. (2018). Systematic review: probiotics in the management of lower gastrointestinal symptoms–an updated evidence‐based international consensus. Alimentary pharmacology & therapeutics47(8), 1054-1070.